KARATE-DO : LA GENESE
DU STYLE SHOTOKAN-RYU
 

 

KARA - Vide:
De toute arme et surtout
de toute mauvaise intention de nuire.


TE
- Main:
Par extension
tout le corps devient une arme.


DO
- La Voie:
Chemin emprunté pour se réaliser
et progresser spirituellement.

SHO - Pin


TO
- Vague
Plus allusion à l'élément "air'
qu'à son opposé "l'eau"


KAN
- Bâtiment d'intérêt public

 


Dans la culture asiatique, le tigre représente une des deux grandes forces de l’univers, l’autre étant le dragon.

Le tigre a le pouvoir de commander le vent, et le vent est son compagnon constant.

Le tigre est aussi un symbole chinois traditionnel qui signifie que le tigre ne dort jamais.

Présenté par le Bouddhisme, le tigre représente la force, la noblesse, et le courage.

Le Tora No Maki, ou le tigre Shotokan, est devenu le symbole du karaté Shotokan.

 


 Gichin FUNAKOSHI
Fondateur du style "SHOTOKAN".
Né en 1869 à Suri,ville d'Okinawa.
  Décédé en avril 1957 à 88 ans.

 

Travail makiwara
Durcissement
des poings
 

Shuto-Uke
 

Début du kata
'Kanku-daï"
 

En démonstration
devant un public
 

Au dojo
Application
de gedan-baraï
 

Au dojo
Application
jodan-age-uke
 

Au dojo
Application

Probablement
du kata "Jitte"

En démonstration
Exécution de
"Tekki shodan"


Il est utile de constater sur ces photos inédites, que les positions de l'époque sont très éloignées de ce qui est exigé lors des enraînements actuels, à savoir des positions très basses afin de baisser le centre de gravité, une particularité propre au "shotokan" présent.

La petite taille de O Senseï Funakoshi, ne lui imposait pas certainement cette nécessité. Ce n'est que plus tard, que son fils Yoshitaka introduisit cette notion de travailler bas, pour se renforcer musculairement et imposer à l'esprit de supporter la douleur infligée par ce type de travail.

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"Shotokan" était le nom du bâtiment en bois qui signifie littéralement:
"La maison de Shoto".Ce fût le premier dojo où il enseigna le karaté.

Intellectuel et poète,O Senseï Funakoshi composait ses oeuvres littéraires qu'il signait du nom de plume: "Shoto" dont la traduction évoque "la brise dans les pins"...

L'appellation complète du style qu'il a codifié est pour les initiés:
le "Shotokan Ryu"...Très évocateur à l'oreille du néophyte:
"L'école où l'on pratique le style de karaté à la maison de la brise dans les pins"

 

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Le karaté n'est pas la création d'un seul homme ni même d'un seul peuple. Il faut donc considérer cet art martial comme la recherche permanente d'une perfection jamais atteinte.

Cet ensemble de mouvements  sobres, efficaces, rationnels jusqu'aux moindres détails, se sont élaborés progressivement au fil des âges, des combats meurtriers, de l'expérience et de la réflexion de plusieurs générations de guerriers. 
 

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Dans cette longue évolution, couvrant plus de deux mille ans, les étapes vers le karaté moderne ont été de plus en plus rapidement franchies au fur et à mesure que l'homme s'approchait du XXe siècle.

Il est difficile, voire impossible, de reconstituer l'histoire du karaté, car avant le siècle dernier, on en retrouve des traces en Inde, en Chine, dans les îles Ryu-Kyu, au Japon.

Il n'existe pas de documents écrits, soit parce que le karaté était pratiqué en secret et ne fut transmis que de maître à disciple, soit que d'aucun ne voyait l'intérêt d'une littérature propre à cette technique de combat pied, poings.
 

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Comme cela est le cas dans de nombreux autres domaines, il est difficile de discerner à travers les anecdotes plus ou moins fantaisistes la véritable origine de cette méthode de combat.

On peut rapprocher le Pancrace des anciens Grecs comme la première méthode de combat sans armes, c'était un combat total aux poings et aux pieds jusqu'à l'abandon ou la mort de l'un des deux combattants.

Dans la Perse antique, en Inde, en Chine, de telles méthodes ont existé,de leurs interférences et synthèse progressive est née la forme actuelle du karaté.
 

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Ankoh ITOSU
1827 - 1906
 Maître de Gichin Funakoshi
 

Okinawa, île de l'archipel des Ryu-Kyu, apparait comme le berceau de cet art où, au contact du monde chinois et du monde japonais, s'élabore la forme définitive du combat à main nue.

Car sous la domination des empereurs Ming, ceux-ci interdisent tout port d'armes de crainte que les autochtones ne se rebellent contre eux. Cette interdiction eut pour effet de jeter la population dans une opposition ouverte et de les inciter à travailler avec acharnement les anciennes techniques locales de combat sans armes.
Trois écoles de base émergèrent et se développèrent : le Shuri-te, le Naha-te et le Tomari-te. On s'entraîna intensément dans des endroits secrets, souvent la nuit, entre disciples sûrs.

Pieds et poings devinrent des armes redoutables, capables de suppléer les armes prohibées ; la pointe des doigts devint aussi dangereuse qu'une lame de poignard ;  coudes et genoux acquirent la puissance d'un marteau et les avant-bras nus eurent la solidité d'un sabre.

Cette forme de combat synthétisée se propagea sous le nom d'Okinawa-te. Après ces périodes troubles, vers 1900, l'étude de l'Okinawa-te fut systématisée dans l'île, mais dans un but plus pacifique.

Un des instructeurs en chef, Ankoh Itosu, forma des élèves dont certains allaient devenir de futurs grands maîtres, et porter l'enseignement de leur art hors d'Okinawa.

L'un d'eux s'appelait Gichin Funakoshi.
 

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En ce début de XXe siècle, les nouveaux instructeurs d'Okinawa, formés par Itosu, acceptèrent enfin de divulguer leur art. Parmi eux se trouvait Gichin Funakoshi qui avait étudié la méthode de boxe des insulaires depuis l'âge de 11 ans.

Dès 1916,il fit une démonstration à Kyoto, puis à Tokyo en 1922. Ce fut une révélation pour les adeptes japonais d'arts martiaux. Après sa démonstration retentissante, Funakoshi fut prié par le ministre de l'Education Nationale de rester au Japon pour y propager sa technique.

Sa popularité allait grandissante et,en 1936, il fonda son dojo personnel, le Shotokan, à Tokyo. C'est sans doute à cette époque qu'il transforma Tode ,la"main chinoise", en Karate, la "main vide", pour rompre avec l'origine chinoise,à cause du conflit sino-japonais. Il introduisit également le suffixe do,la " Voie" : pour la première fois on parla du karaté-do.
 

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Gichin Funakoshi écrivit et publia le "Karaté-do Kyohan", dans lequel il expliquait les techniques et le contexte spirituel de son art. A la tête du karaté japonais, il est devenu un maître attachant et de tout premier plan.

Sa formation et son niveau intellectuel le prédisposaient à insuffler à une simple technique de combat, une vie spirituelle inconnue jusqu'alors. Il enseigna une philosophie, une règle de vie fondée sur la pratique du karaté-do.

Ce que chacun désigna comme "l'esprit Funakoshi". Il ne présenta plus son art comme une technique guerrière, mais davantage comme une méthode pour atteindre une maitrise et une certaine vérité philosophique. Il consacra le plus clair de son temps à un travail de classification et de rationalisation des techniques anciennes.

Ainsi se dessinait l'aspect actuel du karaté.
 

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Yoshitaka FUNAKOSHI
1906 - 1945

Fils de Gichin FUnakoshi
 

Son fils Yoshitaka Funakoshi, alla plus loin. Parce que à l'âge de 12 ans, on lui avait affirmé que, tuberculeux, il ne dépasserait pas l'âge de 20 ans, il décida de parvenir à la maîtrise en prenant la mort de vitesse.

Aussi s'adonna-t-il à un entrainement sans limites. Il atteignit un niveau extraordinaire par la seule force de sa volonté et ne décéda, qu'après la dernière guerre, par suite de privations.

Plus encore que son père, cet homme remarquable fut le véritable précurseur du karaté moderne .Alors que l'entrainement mettait surtout l'accent sur le travail des membres supérieurs, Yoshitaka Funakoshi découvrit de nouvelles techniques de coups de pied : yoko-geri, mawashi-geri, fumikomi et ura-mawashi-geri.

Le style shotokan devint progressivement, sous son impulsion, un karaté fait d'attaques longues, à partir de positions basses et fendues, afin d'accumuler encore davantage de force, c'est là que réside l'aspect de modernité de Yoshitaka Funakoshi.

Maître Gichin Funakoshi approuvait totalement le travail novateur et les initiatives de son fils. De nouveaux courants allaient se dessiner entre 1930 et 1940, car, si Gichin Funakoshi était bien le promoteur et l'importateur du karaté, il en avait perdu  l'exclusivité.

D'autres maîtres, attirés par son succès, quittèrent Okinawa pour le Japon afin d'y proposer leur propre style. Après le décès de Gichin Funakoshi,ses élèves se séparèrent et ouvrirent leurs dojos personnels, pour y enseigner un style souvent éloigné de la discipline d'origine.

La France fut l'un des premiers pays d'Europe à introduire chez elle cette discipline, dans les années 1950 à 1955. Les promoteurs furent Jim Alcheik, décédé, et Henry Plée, dans son célèbre dojo de la Montagne Sainte-Geneviève à Paris.

Actuellement, il est toujours vivant et a atteint le niveau de 10e dan de karaté-do. 
 

Jim ALCHEIK

Maître d'Aïkido

Décédé dans un
attentat en 1962,
(Crise algérienne.)

 

 

 

Henri D.Plée

10e dan Karaté-do

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O Sensei Funakoshi, afin de laisser une trace écrite et de guider les pratiquants dans leur quête d'une compréhension plus approfondie des aspects spirituels de la voie du karaté-dô, rédigea au soir de sa vie un traité intitulé "Karaté -Dô Kyôhan".


Ces maximes succinctes qui s'inscrivent dans le cadre d'une tradition orale étaient originellement destinées à être complétées par des explications du Maître, dans son dojo ou au hasard de cours particuliers que celui-ci dispensait à ses disciples.

Les principes sont compacts, concis et tendent vers une nature profondément philosophique. Cette même concision fait qu'ils sont sujets à des multiples interprétations et ce même dans leur langue d'origine : le japonais.

 
Certains exégèses peuvent très bien altérer la signification originelle souhaitée par le Maître. Les commentaires et interprétations sont de Genwa Nakasone, contemporain et allié de poids de maître Funakoshi.

C'est cette position privilégiée aux côtés du Maître qui fit de lui l'une des personnes les plus à même d'illustrer de commentaires ces préceptes.

N'oubliez pas que le karaté commence et s'achève par le rei.
Rei signifie « respect, courtoisie, le salut », mais ne pas le limiter à ces simples définitions. Il signifie le respect que l'on éprouve à l'endroit des autres, le rei est également la marque de l'estime que l'on a pour soi.

Lorsqu'on transfère cette estime que l'on a pour soi sur les autres - respect - on agit conformément aux principes du rei.

Les disciplines de combat qui font fi des principes du rei ne sont que pure violence, la force physique dénuée de rei n'est rien d'autre que brutalité, sans valeur pour l'être humain.

Le rei est la manifestation physique d'un cœur sincère, révérencieux et empli de respect.

Il n'y a pas d'attaque dans le karaté. Dans le karaté, les mains et pieds sont potentiellement aussi mortels que la lame d'un sabre : c'est pourquoi dans la mesure du possible vous devez éviter de décocher un coup mortel. 
« Jamais il ne faut tirer son sabre sur un coup de tête », cet enseignement fondamental était au cœur du bushido japonais.

Ainsi « il n'y a pas d'attaque dans le karaté » est une extension de ce principe de base selon lequel il ne faut pas sortir son arme au moindre prétexte.

Elle souligne la nécessité absolue de faire montre de patience et de pondération. Mais quand la confrontation est inévitable, le pratiquant doit se lancer corps et âme dans le combat.

Le karaté est au service de l'équité. L'équité est ce qui sert le bien, la vertu,
« Quand je m'observe et que je constate que je suis dans le vrai, alors, mes ennemis, fussent-ils un millier ou dix mille, ne peuvent m'arrêter. Cela implique bien sur qu'il faut faire preuve d'intelligence, de discernement et de force véritable ».

Apprends déjà à te connaître, puis connais les autres.
À force de pratique, le karatéka connaît ses techniques favorites ainsi que ses propres faiblesses, en combat il doit connaître ses propres points forts mais aussi ceux de son adversaire.

Le mental prime sur la technique. 
Voila une anecdote qui illustrera cet aphorisme:

« Un jour, un célèbre maître de sabre, Tsukahara Bokuden, voulut mettre ses fils à l'épreuve. Pour commencer, il fit appeler Hikoshiro, l'aîné des trois.

En ouvrant la porte du coude, celui-ci la trouva plus lourde qu'à l'accoutumée et, en passant la main sur la tranche supérieure de la porte, constata qu'on avait disposé, en équilibre, un lourd appui-tête en bois.

Il l'enleva, entra puis le remit exactement comme il l'avait trouvé.

Bokuden fit alors venir son fils cadet, Hikogoro. Quand celui-ci poussa la porte, l'appui-tête tomba mais il le rattrapa en vol et le remit à sa place.

Bokuden fit enfin appeler Hikoroku, son benjamin, le meilleur, et de loin, au maniement du sabre.

Le jeune homme poussa puissamment la porte et l'appui-tête tomba, heurtant son chignon. En un éclair, il dégaina le sabre court qu'il portait à la ceinture et trancha l'objet avant qu'il ne touchât le tatami.

À ses trois fils, Bokuden déclara: « c'est toi Hikoshiro qui transmettra notre méthode de maniement du sabre. Toi, Hikogoro, en t'entraînant ardemment, peut-être égaleras-tu, un jour, ton frère. Quant à toi, Hikoroku, tu conduiras certainement un jour notre école à sa perte et attireras l'opprobre sur ton patronyme.

Je ne peux pas donc m'offrir le luxe de garder un individu aussi imprudent dans mes rangs ».

Sur ces vertes paroles, il le désavoua. Cela illustre parfaitement l'importance accrue des facultés mentales sur les facultés techniques.

L'esprit doit être libre.
 Meng Tsu évoque la quête de l'esprit « perdu » pour mettre un terme à l'errance spirituelle.

Lorsque notre chien, notre chat ou nos poules se perdent, nous remuons ciel et terre pour les retrouver et les ramener à la maison, mais il déplore que lorsque notre esprit (qui dirige notre corps) s'égare pour finir par se perdre totalement, nous n'essayons même pas de le remettre sur le droit chemin.

À l'inverse, Shao Yung soutient que l'esprit a besoin de se perdre, si l'on attache l'esprit tel un chat en laisse, il perdra sa liberté de mouvement.

Utilisez l'esprit à bon escient, laissez-le explorer à sa guise, ne le laissez pas s'attacher ou s'enfermer dans un carcan.

Les néophytes exercent souvent un contrôle trop pesant sur leur mental, ils craignent de s'ouvrir au monde et de laisser leur esprit courir librement.

Au cours de l'apprentissage, il est préférable de suivre les consignes édictées par Meng Tzu dans un premier temps, pour, dans un second temps, libérer l'esprit préconisé par Shao Yung.

Calamité est fille de non-vigilance.
Combien d'accidents sont imputables à la négligence, à l'étourderie, le moindre relâchement de l'attention peut réduire à néant les efforts de préparation et de recherche effectuées au préalable, si approfondis soient-ils.

En combat une « préparation bâclée » équivaut à un « désastre »; pour ne pas arriver à de tels extrêmes, nous devrions constamment analyser nos actes et faire montre de beaucoup de circonspection en matière de méthodologie.

La pratique du karaté ne saurait se cantonner au seul dôjô. L'objectif du karaté est de polir et nourrir à la fois le corps et l'esprit, s'il commence au dôjô au cours de la pratique, ce travail ne doit pas s'interrompre en fin d'entraînement.

 
l faut pratiquer continuellement dans tous les actes de la vie quotidienne. Une alimentation déséquilibrée, un abus de boisson, des habitudes nuisibles à la santé en général auront des répercussions certaines sur la pratique au dôjô.

Ils fatigueront à la fois le corps et l'esprit et détourneront l'adepte du dessein ultime de la pratique.

Le karaté est la quête d'une vie entière.
La Voie du karaté est sans fin, c'est la raison pour laquelle un pratiquant sincère pratiquera jusqu'à son dernier souffle.

Dans "Hagakure" un ouvrage sur la voie du samouraï, le seigneur Yagyu déclarait qu'il ne savait pas comment défaire les autres mais qu'il savait comment l'emporter sur lui-même: être meilleur aujourd'hui qu'hier et meilleur demain qu'aujourd'hui.

C'est-à-dire, travailler sans relâche et jusqu'au dernier souffle pour sans cesse progresser. La Voie véritable est infinie.

La Voie du karaté se retrouve en toute chose, et c'est là le secret de sa beauté intrinsèque. Un coup, de poing ou de pied, asséné ou encaissé, peut signifier vie ou mort. Telle est la doctrine au cœur du karaté-dô.

Si chaque domaine de la vie est abordé avec un tel sérieux, épreuves et difficultés peuvent être dépassés. Si un pratiquant affronte chaque difficulté en ayant le sentiment que sa vie entière est en jeu, il réalisera l'étendue de ses propres ressources.

Pareil à l'eau en ébullition, le karaté perd son ardeur s'il n'est pas entretenu par une flamme.

L'apprentissage par la pratique revient à pousser une charrette vers le sommet d'une colline.

Cessez de pousser et tous vos efforts auront été vains. Proverbe japonais.

L'intégration d'une facette du karaté parmi d'autres, ou une pratique distendue, ne sauraient suffire. Seule une pratique régulière et assidue récompensera votre corps et esprit des fruits de la Voie.

Ne soyez pas obsédé par la victoire; songez plutôt à ne pas perdre.
Savoir uniquement comment décrocher la victoire sans savoir comment perdre revient à se mettre soi-même en situation de défaite, ultimes paroles du shogun Tokugawa.

L'attitude mentale obsédée par la victoire nourrit nécessairement un optimiste excessif qui, à son tour, nourrit impatience et irritabilité.

L'attitude la plus fine consiste, au contraire, à se résoudre fermement à ne pas perdre - quel que soit l'adversaire - en prenant conscience de nos propres forces et en faisant preuve de conviction inébranlable, le tout en adoptant une attitude conciliante dans la mesure du possible.

L'issue d'un affrontement dépend de votre manière à gérer les pleins et les vides (forces et faiblesses).
Les préceptes treize et quatorze évoquent l'attitude mentale à suivre en combat.

Un combattant doit pouvoir et savoir s'adapter à son adversaire; comme l'eau qui s'écoule naturellement du haut vers le bas, le combattant évite les points forts de l'ennemi pour le frapper là où il est vulnérable.

Il doit éviter toute action stéréotypée, le maître mot de sa conduite doit être fluidité, souplesse, adaptation, plutôt qu'inertie et constance.

Considérez les mains et les pieds de l'adversaire comme des lames tranchantes.
Un pratiquant sincère de karaté-dô saura rendre ces extrémités corporelles aussi dangereuses que des armes blanches.

Dans cette optique, même les mains et pieds d'un non-pratiquant peuvent s'avérer dangereux.

Un néophyte qui s'implique corps et âme dans une lutte pour la vie, sans craindre ni blessure, ni trépas peut libérer une puissance considérable et extraordinaire, et être capable de défaire n'importe quel débutant.

Que l'adversaire soit ou non initié aux arts martiaux ne doit en aucun cas nous leurrer sur son potentiel.

Faites un pas hors de chez vous et ce sont un million d'ennemis qui vous guettent.

Le kamæ, ou posture d'attente, est destiné aux débutants; avec l'expérience, on adopte le shizentai (posture naturelle).

Recherchez la perfection en kata, le combat réel est une autre affaire. Les katas sont la moelle de l'entraînement du karaté-dô, il convient de ne pas les dénaturer et de s'y entraîner conformément à l'enseignement dispensé par le maître.

Anko Itosu disait :

« Respectez la forme des katas, ne cherchez pas à en travailler l'esthétique ».

En combat réel, il ne faut pas s'embarrasser ou se laisser entraver par les rituels propres aux katas, le pratiquant doit dépasser le cadre imposé par ces formes et se déplacer librement en fonction des forces et faiblesses de l'adversaire.

Sachez distinguer le dur du mou, la contraction de l'extension du corps et sachez moduler la rapidité d'exécution de vos techniques.
Les combinaisons citées dans ce précepte s'appliquent aussi bien en kata qu'en combat réel.

Si l'on exécute les katas sans combiner la possibilité de moduler l'intensité et le rythme des techniques ou l'alternance extension/contraction, l'exercice perd toute sa valeur.

L'alternance dur-mou, extension-contraction, lenteur-célérité, inspiration-expiration est de première importance en combat et peut déterminer l'issue d'un affrontement.

Vous qui arpentez la Voie, ne laissez jamais votre esprit s'égarer, soyez assidu et habile.
Que l'on adopte un point de vue spirituel ou technique, le pratiquant ne doit jamais laisser son esprit « s'égarer » et doit être « assidu et habile ».
 
De nombreux maîtres ont illustrés ce précepte:

«Dès lors, je pratiquai matin et soir avec ferveur afin d'assimiler les principes de la Voie des arts martiaux au plus profond de mon être jusqu'à parvenir, aux alentours de ma cinquantième année, à une compréhension naturelle de ladite Voie. »
Miyamoto Musashi (Célèbre samouraï invaincu au sabre)


«Un merveilleux enseignement vient juste de se révéler à moi » Yamaoka Tesshu, fondateur de l'école d'escrime ~ Mutô-ryû, âgé alors de quarante-cinq ans.

«Je commence enfin à comprendre ce qu'est le blocage au visage» [jyodan agé uké] ~ O'Sensei Funakoshi, alors âgé de quatre-vingts ans.

C'est seulement au terme d'une pratique embrassant plusieurs décennies et entretenue par un esprit courageux et intrépide que l'on peut parvenir à assimiler, pour la première fois de son existence, les véritables principes régissant la Voie.

Cela met en relief la vanité qu'il y a à croire que l'on pourra devenir maître d'un art martial après 5 ou 10 années de pratique-loisir. Pareilles superstitions leurrent le pratiquant et salissent la Voie.

Vanité et fainéantise sont des chaînes qui entravent la progression, les pratiquants devraient se livrer à une autocritique de tous les instants et se faire sans cesse violence; jamais ils ne doivent manquer d'être constant jusqu'à avoir un aperçu clair des strates les plus profondes du karaté-dô.

Tous ceux qui ont pour ambition de cheminer sur la Voie devraient faire leurs ces principes.